Bise un alpage post-carbone ou l’éloge de la vie simple - Chapelle d'Abondance (La)

"En claquant la portière, alors que France-info donne les dernières nouvelles de la crise financière et que le téléphone me signale « reseau indisp. », je réalise que la montée à l’alpage de Bise est une expérience particulière. Une impression d’être hors du temps, pris par un site à la qualité exceptionnelle dont le paysage est un archétype de la peinture ou de la littérature romantique du XIXe. « J’étais occupé à faire toutes ces remarques, lorsqu’une espèce de bise visible qui semblait raser la terre accourut de la vallée à nous, plus rapide mille fois qu’un cheval de course. Ce qui la rendait aussi visible n’était rien autre chose que la poussière neigeuse qu’elle avait enlevée aux cimes des montagnes dont elle descendait »1.

Je comprend immédiatement pourquoi le site s’appelle Bise et regrette de ne pas avoir pris un pull.

Paysage

La contemplation de ce site et la multitude de signes qui nous « parlent » est tout de suite un appel à une réflexion sur notre place dans un tel site et plus généralement sur le rapport homme-environnement. Dans cette nature de lac, de prairies et de montagnes, les bergers et les troupeaux, incarneraient une philosophie de vie, faite de simplicité, d’attachement à des rythmes séculaires et de vie apaisée. De même le gardien du refuge apparaît comme détenteur des valeurs essentielles d’une relation humaine vraie, forgée par l’effort de la randonnée en montagne. Ce doux mélange de nature et d’humanité, de caractéristiques géographiques et d’imaginaire collectif font partie de la qualité du lieu capable de nous nous proposer un « genius loci » singulier, une atmosphère distinctive... La pensée de Albert de Haller, médecin, savant genevois, nous imprègne encore lorsqu’il fustigeait en 1732 dans son poème « Die Alpen » les miasmes et les corruptions de la ville pour exalter l’harmonie de l’ordre naturel.

Lorsqu’on aborde l’alpage par la route, on découvre d’un coup, au passage du dernier virage, un théâtre de montagnes formant une sorte de cirque imposant dominé par les Cornettes. Dans un second temps, on découvre un village resserré, lové au creux de ce cirque avec, en avant-scène, l’étendue plane d’une zone humide couverte d’une végétation homogène et ondulante. Ces lieux autrefois considérés comme hostiles, presque inaccessibles, sont fréquentés par des citadins en recherche de sensations nouvelles. Devenu outil de travail agricole après avoir été défriché au XIXe, ce paysage de pelouse par son ouverture est une mise en scène très réussie des sommets environnants. Les habitants de la vallée en ont également fait un lieu où il fait bon prendre le frais en famille le soir ou en fin de semaine. Les usages, les attentes sociales et la projection symbolique d’un territoire rêvé font de toute intervention sur l’alpage un moment de questionnement sur l’évolution globale du site.

Extrait de la revue Nature & Patrimoine en Pays de Savoie, n°35, novembre 2011.

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