Conférence Architecture Partagée & Recherche Ouverte - AP&RO Publié le 04/09/2018

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16 octobre et 18 décembre 2018, 12 février 2019 à partir de 18h30 - L’îlot-S - CAUE - 7 esplanade Paul Grimault à Annecy.

Dans les années soixante-dix, les Alpes du Nord ont été le terrain d’expérimentations d’architectes visionnaires, à la recherche de nouvelles formes de l’habitat et de la ville de l’an 2000. Cinquante ans après, les objets architecturaux qui en résultent constituent un patrimoine sur lequel le CAUE conduit un travail de recherche en partenariat avec l’école nationale supérieure d’architecture de Grenoble. Depuis 2017, Mélina Ramondenc prépare ainsi une thèse de doctorat sur les architectes Jean-Louis Rey, dit Chanéac, Pascal Häusermann et Paul-Jacques Grillo.

Afin de faire vivre cette recherche, le CAUE inaugure un nouveau rendez-vous, et vous invite à trois rencontres autour de protagonistes et témoins privilégiés de ces réalisations emblématiques.

AP&RO* #1, inaugurant un cycle de 3 soirées, portera sur les premières expérimentations de ces architectes pour mettre en pratique leurs réflexions sur l’habitat et le logement. Pour évoquer ces thèmes, le CAUE a invité Marcel Lachat, collaborateur de Pascal Haüsermann et constructeur de la bulle-pirate, Jean Nicoulaud, ingénieur et collaborateur de Chanéac, et Aurélien Vernant, historien de l’art et de l’architecture. La projection du court métrage de Julien Donada "La bulle pirate" projet architectural emblématique de cette époque sera le point de départ de cette discussion.

Vers une architecture prospective : le temps des expérimentations

Au début des années soixante, la société française est en plein bouleversement. "Où vivrons-nous demain ?”, interroge le critique et historien de l’architecture Michel Ragon. En 1965, il rassemble autour de lui les architectes, ingénieurs, artistes, chercheurs qui s’interrogent sur les formes de la ville et de l’habitat de l’an 2000, au sein du Groupe International d’Architecture Prospective. Ses membres, parmi lesquels figuraient notamment Yona Friedman, Guy Rottier, Pascal Haüsermann, et Chanéac, ont exprimé des visions du monde singulières. Ces visions, qui se voulaient anticipatrices, se sont construites à travers des architectures écrites et dessinées, et quelques concrétisations bâties, toujours expérimentales. Ces projets sont particulièrement intéressants à observer aujourd’hui : les problématiques environnementales, sociales et sociétales dont ils s’emparent sont terriblement actuelles. S’ils prêtent parfois à sourire, ces projets ont permis aux architectes d’esquisser des "possibles latéraux". Futurs antérieurs ou vérités prématurées ? Leurs projets évoquent en filigrane les transformations de l’architecture, qui  interrogeaient son époque et son avenir. Dans un monde à la croissance encore illimitée, ces architectes cherchaient d'autres voies et exploraient, à travers d’innombrables projets de papier, le champ des possibles.

L’insurrection architecturale 

Cellule polyvalente
Dans le tournant des années soixante-dix, le logement est une question particulièrement épineuse pour les pouvoirs publics, en France comme en Suisse. Les moyens de productions développés pour reconstruire efficacement et à moindre coût dans l'immédiat après-guerre se sont généralisés : l'architecture et les formes urbaines sont désormais standardisées, rationalisées, et semblent échapper aux architectes comme aux habitants. Les critiques fusent de la part de l'opinion publique comme de celle d'une nouvelle génération d'architectes.

Au début du mois de mai 1968, Chanéac présente à Bruxelles son Manifeste pour une architecture insurrectionnelle contre la production de masse, dont il juge les modes inchangés depuis plus de vingt ans, inaptes à répondre aux besoins et aux aspirations des habitants. Il pressent, avec d'autres comme Pascal Haüsermann, que la recherche sur les possibilités offertes par les nouveaux matériaux (les plastiques notamment) et techniques de construction (le béton projeté) peut permettre de formuler des réponses adaptées aux nouveaux besoins d'une société naissante, de consommation et de loisirs, centrée autour de l'individu. Dès 1958, il imagine, avec le concours de Jean Nicoulaud des "cellules polyvalentes"préfabriquées en usine, qui constitueraient l'unité de base de logements entièrement modulables en fonction des nécessités de l'habitant. En 1968, il dessine des "cellules ventouses" colorées qui colonisent les façades impersonnelles de grands ensembles et permettent aux habitants d'adapter leurs logements aux grés de leurs besoins.

La bulle pirate

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En 1970, Marcel Lachat et son épouse attendent un heureux événement dans leur petit appartement d'un immeuble du Grand Saconnex. Compagnon de route de Pascal Haüsermann et de Chanéac, professeur de vol à voile, Marcel Lachat est un électron libre en perpétuel mouvement. Excédé par la lenteur des procédures administratives qui ont échoué à attribuer à temps un nouveau logement à sa famille agrandie, il décide de mettre en pratique les idées développées avec ses amis. Dans la nuit du 11 décembre, il greffe une cellule-chambre pour son nourrisson sur la façade de son appartement. Son geste, d'une simplicité absolue et d'une efficacité radicale, deviendra un symbole. En 2007, Marcel Lachat revient sur ce passage à l'acte avec le documentariste Julien Donada dans un court métrage.

Les invités :

Marcel Lachat : Etudiant au Technicum de Genève, Marcel Lachat abandonne rapidement sa formation d’ingénieur, qu’il juge trop formatée, pour devenir professeur de sports extrêmes. Il ne cessera jamais de collaborer aux nombreuses expérimentations de son ami Pascal Häusermann.

Jean Nicoulaud : Collaborateur de Chanéac, cet ingénieur savoyard a contribué au projet de cellules polyvalentes, jusqu’à la réalisation des premiers prototypes, dont l’un est installé aujourd’hui sur le parvis du FRAC Centre à Orléans.

Aurélien Vernant : Historien de l’art et de l’architecture, il a contribué à de nombreux projets d’exposition et de publication sur l’architecture expérimentale des années soixante-dix. Assistant de conservation au Centre Pompidou, puis au MoMA de New York, il a été chargé de la recherche scientifique au FRAC Centre, dont la collection est axée sur les utopies architecturales des années 1950 à aujourd’hui. Il est actuellement commissaire indépendant et mène des travaux de recherche sur l’histoire sociale de l’architecture du XXe siècle.

Contact et inscription : 04 50 88 21 12 - culture@caue74.fr

Photos : Prototype de cellule polyvalente face au lac du Bourget, photomontage, 1968, Jean-Louis Chanéac et Jean Nicoulaud © Nelly Chanéac, Archives départementales de Savoie

Bulle pirate, © archives P. Häusermann – SCI Modules

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