Conférence Architecture Partagée & Recherche Ouverte - AP&RO #3 Publié le 09/01/2019

Villa Chanéac

12 février 2019 à partir de 18h30 - L’îlot-S - CAUE - 7 esplanade Paul Grimault à Annecy.

Dans les années soixante-dix, les Alpes du Nord ont été le terrain d’expérimentations d’architectes visionnaires, à la recherche de nouvelles formes de l’habitat et de la ville de l’an 2000. Cinquante ans après, les objets architecturaux qui en résultent constituent un patrimoine sur lequel le CAUE conduit un travail de recherche en partenariat avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble. Depuis 2017, Mélina Ramondenc prépare une thèse de doctorat sur les architectes Jean-Louis Chanéac, Pascal Häusermann et Paul-Jacques Grillo. Afin de faire vivre cette recherche, le CAUE propose un cycle de trois rencontres conviviales autour des protagonistes et témoins privilégiés de ces réalisations emblématiques.

 

AP&RO* #3 :Le temps de la reconnaissance

Après avoir évoqué le temps des premières expérimentations, puis de la concrétisation des propositions prospectives des architectes Jean-Louis Chanéac, Pascal Häusermann et Claude Costy, cette troisième et dernière soirée du cycle AP&RO sera l'occasion d'échanger autour des enjeux de reconnaissance, de préservation, de patrimonialisation des œuvres et des édifices conçus par ces architectes.

Cette soirée permettra d’évoquer comment leurs travaux sont redécouverts depuis la fin des années quatre-vingt dix, soit à la veille de cet an 2000 que bon nombre de leurs projets avaient pour horizon. Le travail de certains chercheurs, adossés à des institutions comme le Fonds Régional d’Art Contemporain de la Région Centre, ou le Centre Pompidou, a été déterminant pour resituer ces projets dans leur contexte, et en construire une connaissance fine. Cette reconsidération tardive se traduit aujourd’hui par la labellisation, voire le classement au titre du patrimoine du XXe siècle, des édifices les plus emblématiques, à l’instar de la Villa Chanéac, classée au titre des Monuments Historiques en septembre 2017.

Autour de Nelly Chanéac, de Julien Donada (sous-réserve), réalisateur et documentariste, et de l’historien de l’architecture et éditeur Bernard Marrey (sous-réserve), nous évoquerons la manière dont s’est construit un regard nouveau sur les travaux de ces architectes visionnaires, dont les dessins sont aujourd’hui conservés précieusement par de grandes institutions culturelles françaises.

Vers une architecture prospective

Au début des années soixante, la société française est en plein bouleversement. « Où vivrons-nous demain ? », s’interroge le critique et historien de l’architecture Michel Ragon. En 1965, il rassemble autour de lui les architectes, ingénieurs, artistes, chercheurs qui réfléchissent aux formes de la ville et de l’habitat de l’an 2000, au sein du Groupe International d’Architecture Prospective. Ses membres, parmi lesquels figuraient notamment Yona Friedman, Guy Rottier, Pascal Haüsermann, et Jean-Louis Chanéac, ont exprimé des visions du monde singulières. Ces visions, qui se voulaient anticipatrices, se sont construites à travers des architectures écrites et dessinées, et quelques concrétisations bâties, souvent expérimentales. Ces projets sont particulièrement intéressants à observer aujourd’hui : les problématiques environnementales, sociales et sociétales dont ils s’emparent sont terriblement actuelles. S’ils prêtent parfois à sourire, ces projets ont permis aux architectes d’esquisser des "possibles latéraux". Futurs antérieurs ou vérités prématurées ? Ces projets évoquent en filigrane les transformations de l’architecture, qui  interrogeaient son époque et son avenir. Dans un monde à la croissance encore illimitée, ces architectes cherchaient d'autres voies et exploraient, à travers d’innombrables projets de papier, le champ des possibles.

Connaître un patrimoine local exceptionnel

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Magasin de Meubles Transit (Chatillon en Michaille, Ain) Jean-Louis Chanéac, 1971 - photo parue dans l'Architecture d'Aujourd'hui en 1972

La présence simultanée de Jean-Louis Chanéac et du couple Pascal Häusermann-Claude Costy dans les Alpes du Nord en ont fait leur terrain de jeu privilégié et le territoire des principales concrétisations de leurs démarches de recherche. Leurs trajectoires y ont trouvé une certaine résonance, nourrie par leurs échanges intellectuels et des collaborations ponctuelles. Leurs productions singulières n’y ont pourtant pas toujours fait l’objet de grandes attentions : à titre d’exemple, le magasin de meubles de Chalon en Michaille, auquel Chanéac avait voulu donner la « sensualité d’un palais oriental » (Chanéac, Jean-Louis, Architecture Interdite, Editions du Linteau, Paris, 2005), a été détruit pour faire place à un fast-food en 2002, la Bulle de Douvaine a fait l’objet de restaurations de façade parfois hasardeuses, et la Maison Chanéac n’a été protégée au titre des Monuments Historiques qu’en 2017.

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Villa Chanéac (Aix-les-Bains). Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ©, Ville d'Aix-les-Bains © photographie D. Harreau

Toutefois, la construction d’une connaissance fine de cette architecture permet peu à peu de valoriser ces productions hors normes, et de mieux percevoir les enjeux contemporains de protection, de conservation ou de restauration de ces édifices, afin d’éclairer les décisions futures concernant leur devenir.

Comprendre un moment de l’histoire de l’architecture

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Le Balcon de Belledonne, Pascal Häusermann et Claude Costy, 1966, Photographie de 2007

 

Depuis la fin des années 1990, on assiste à un regain d’intérêt de la part des chercheurs et des institutions pour cette production architecturale projetée dans à la fin des années soixante. Elle devient un objet de recherche à part entière. Ce n’est probablement pas une coïncidence si les projets de cette époque sont redécouverts à l’orée du changement de millénaire, qui leur servait d’horizon. Il ne s’agit bien sûr pas de vérifier les « prédictions » de ces architectes qui revendiquaient une approche prospective, mais bien d’examiner le système de représentation et le contexte dans lesquels elles ont été pensées, avec un recul de cinquante ans, pour en construire une connaissance critique.

Ces travaux de recherche concourent ainsi à la compréhension d’architectures exceptionnelles, qui s’inscrivent dans des démarches intellectuelles très personnelles. La médiatisation de certaines représentations a pu lisser la complexité et les particularités de ces projets. En les regroupant sous les appellations génériques ou réductrices à leur plastique  (architecture-sculpture, blob architecture, maisons bulles…) certaines publications ont en effet contribué d’une certaine manière à figer édifices et projets dans un discours et un imaginaire caricatural tombé en désuétude.

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La Ruine ( Minzier), Pascal Häusermann et Claude Costy, 1968.

Au-delà de leur intérêt local, ces recherches participent donc à éclairer le tournant des années soixante, décennie longtemps éludée dans les historiographies de l’architecture. Cette période de crise de la discipline et de la profession architecturales comme de l’ensemble de la société, fait écho par bien des aspects à notre situation contemporaine. Elle voit d’ailleurs émerger de nombreuses problématiques plus que jamais d’actualité aujourd’hui. Parmi elles, la question de l’environnement, de l’auto-construction, l’apparition des questions d’évolutivité, d’adaptabilité et de mobilité du logement, et la construction d’un regard critique sur la norme et la technique, auxquels Jean-Louis Chanéac et Pascal Häusermann vont notablement contribuer via leur travail au sein du groupe Habitat Evolutif.

En ancrant leurs pratiques prospectives dans un territoire bien réel, ces architectes ont bousculé les pratiques établies, et ouvert les possibilités d’une après-modernité.

Les invités :

Nelly Chanéac : épouse de Jean-Louis Chanéac, dont elle prendra le pseudonyme, Nelly Chanéac soutient, accompagne et travaille avec son mari au sein de l’Atelier Chanéac dont elle assurera la gestion administrative et financière. Attentive à la préservation des œuvres de ce dernier, elle a fait don de ses archives au FRAC Centre et aux Archives Départementales de Savoie.

Julien Donada (sous-réserve) : réalisateur, scénariste, documentariste, Julien Donada a réalisé plusieurs documentaires sur ces architectes visionnaires et les édifices les plus emblématiques de leur production, en collaboration avec le FRAC Centre et la chaine Arte.

Contact et inscription : 04 50 88 21 12 – culture@caue74.fr

Pour aller plus loin :

Vidéos :

  • La bulle et l’architecte, Julien Donada, 2003, 51 mn.
  • La bulle-pirate, Julien Donada, 2007, 5 mn.
  • Les visionnaires, Julien Donada, 2013, 71 mn.
  • La maison Unal / Claude Häusermann-Costy & Joël Unal, Julien Donada, 27 min, Les Films d'Ici 2015, ARTE EDITIONS, Collection Architectures Volume 9.

Ouvrages :

  • Brayer, Marie-Ange (dir.), Véronique Wiesinger, Olivier Cinqualbre, Noémie Giard, et Aurélien Vernant, Architecture Sculpture - collections FRAC Centre et Centre Pompidou. HYX. Orléans, 2008
  • Brayer, Marie-Ange (dir.), Architectures expérimentales, 1950-2012, Frac Centre, 2003
  • Chaljub, Bénédicte, “Jean Louis Chanéac, de la prospective au régionalisme,” Le Moniteur, 2012
  • Chanéac, Jean-Louis, Architecture Interdite, Edition du Linteau, 2005.
  • Rouillard, Dominique, Superarchitecture : le futur de l’architecture 1950 -1970, Ed. La Villette, 2004
  • Saint-Pierre, Raphaëlle, Maison-bulles, Éditions du patrimoine, 2015, 192 p.

Sites :

Photo du haut : magasin de meubles, Châtillon-en-Michaille, 1971, Jean-Louis Chanéac. Photographie parue dans L'Architecture d'Aujourd'hui, 1972 - Observatoire Architecture XX-XXIe URCAUE.
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